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Des bébés lavés, frictionnés, modelés et maquillés

Rédigé le 15/09/2015
Emilie Lovet


Quelques crottes de chameaux et quelques crottes de chèvre chez les Touaregs du Niger, un bouchon de liège et un os d'animal féroce chez les Evés du Togo ... imprègnent de leur pouvoir magique l'eau du premier bain du nouveau-né. Ainsi, il possèdera de nombreux troupeaux ; léger, il esquivera les pièges de ses ennemis ; fort, il saura les combattre.

Tous les jours, pendant les premiers mois de la vie, les mères africains ou indiennes, véritables "mamans baignoires", posent leur bébé sur leurs jambes allongées, l'arrosent d'eau et le frictionnent, le manipulent énergiquement en tous sens et se servent de leur bouche pour le doucher et souffler ou aspirer par les orifices du petit corps. Bouche, nez, oreilles, anus : par toutes ces ouvertures, le bébé est purgé, lavé de l'intérieur. Il est aussi soigné des maux présents ou futurs grâce aux ingrédients infusés dans son bain, dans les boissons qu'il absorbe et dans l'eau du lavement. Toute cette eau débarasse l'intérieur et l'extérieur de son corps - et  peut-être même son âme - de la crasse qu'il a apporté de l'au-délà. Par le rite du bain, l'enfant renaît, émerge progressivement du monde des ancêtres pour s'intégrer au clan auquel il appartient.

Chez les Wayapis de Guyane, la mère lave son bébé en faisant couler un jet d'eau, tiédie dans sa bouche, sur sa peau délicate. Puis elle le sèche en promenant son souffle sur le petit corps. Grâce aux massages, le corps du nourrisson, aux contours encore flous et mous, se dessine. Par la toilette, souvent associée au pétrissage, s'opère une véritable initiation : le bain purifie, le massage endurcit et donne à l'enfant allure, tonicité, et souplesse, mais aussi virilité, force et fécondité. 

Le bébé est maquillé à la fois par souci d'esthétique et de protection. La couleur, souvent noire, des produits de beauté chasse les mauvais esprit, mauvais oeil. Elle vieillit aussi artificiellement l'enfant : grimé en adulte, ses parents l'espère moins fragile.

Article et photo  "Bébés du monde" de Béatrice Fontanel et Claire d'Harcourt